Enseigner au collège à la lumière de "Petite Poucette"?

Publié le par Prof-doc en CDI (collège)

Livre lu et je reste perplexe...

Ce texte, manifeste enthousiaste, part dans tous les sens malgré l'organisation classique ternaire. Les assertions historiques sont parfois contredites par l'historiographie récente ou non. Exemple : Ils partirent en « guerre la fleur au fusil » cela n'a jamais été qu'une représentation officielle...

Cela n'enlève rien à l’intérêt du texte ! Mais cela affaiblit forcément la force de la pensée.

Ce billet ne sera pas un commentaire du livre.

Mais je retiendrai deux idées ou thèmes en rapport selon moi avec la pratique « professeure-documentaliste» et qui m'interpellent.

1.Bruit, silence.

P36- «Pourquoi bavarde-t-elle , parmi le brouhaha de ses bavards camarades?Parce que ce savoir annoncé tout le monde l'a déjà. En entier. A disposition. Sous la main . Accessible par web, wikipédia, portable, par n'importe quel portail. Expliqué, documenté, illustré sans plus d'erreurs que dans les meilleures encyclopédies. Nul n'a plus besoin de porte-voix d'antan, sauf si l'un, original et rare, invente.

Fin de l'ère du savoir. »

Nous constatons tous l'incapacité d'un groupe à être totalement silencieux.

Groupe élèves mais groupes adultes aussi. Exemples :

Professeurs en réunion ou en stage : quelques commentaires fusent, des rires... désinvestissement, manque de courage -atavisme ...

Elèves :

  • en groupe classe, on constate tous que des élèves ne peuvent s’empêcher de parler, commenter, papoter. Et les causes ne sont pas univoques : hyperactivité pour l'un, vie déstructurée et grosse fatigue pour l'autre, Ennui ou sentiment d'être dans une autre dimension pour d'autres.. , incapacité à patienter pour réagir...zappeur impénitent... Finalement, les élèves sont en classe comme devant leur télévision, chez eux libres de toutes contraintes.

Et, oui participer à une vie de groupe suppose l'acceptation et le respect de contraintes. La parole ne doit être prise, elle doit être offerte par l'enseignant.

  • Dans l'espace CDI, en accueil traditionnel, les professeurs-documentalistes savent que l'équilibre est fragile. Il s'agit de faire cohabiter l'échange pour les groupes de travail en autonomie, mais un aussi calme pour les élèves lecteurs. Le silence de la bibliothèque du XIX siècle n'est plus de mise ; mais le « bruit » doit être en lien avec le travail... Et il y a ces heures où l'excitation (il va neiger!) est telle que nous ne faisons que reprendre les élèves.

Bruit et silence, une histoire de savoir vivre ensemble et de respect.

  • Il est des moments de silence unique dans la vie d'un professeure-documentaliste : lorsque nous lisons une histoire, un texte. Cette captation d'attention est un temps de partage qui marque, qui touche. Et si les élèves n'ont pas le livre entre les mains ils baignent tout de même dans le monde l'écrit. Les élèves, tous connaissent à certains moments le silence.

Silence, une histoire de partage !

 

2. La présomption de compétence.

Je ne peux comme professeure-documentaliste m'empêcher de réagir !

  • Cette utopie – ce lieu heureux, appelé de ses de (nos?) vœux, où l'on a accès à tout, où l'on veut, quand on veut me paraît une illusion. Bien plus une trahison pédagogique.

Pourquoi ? Parce que :

  • tout n'est pas sur Internet. Par exemple : "Petite Poucette" n'est pas disponible sur Internet... Je l'ai trouvé en support papier dans une de mes librairies! :) 
  • accéder à l'information suppose à la fois des connaissances (on ne trouve que ce que l'on connaît au moins en partie déjà) – d'où la difficulté (le non-sens) de donner des exposés à des élèves sans aucune consigne écrite ;
  • accéder à l'information suppose des compétences (ex. savoir trier, savoir sélectionner, savoir créer du lien...), suppose une compréhension du système pour savoir où chercher et avec quelle limite.
  • parce que apprendre, comprendre aujourd'hui encore ne se fait pas par imprégnation mais par appropriation.
  • parce que je pense qu'il est nécessaire d'accompagner l'élève à la fois dans la recherche mais aussi dans sa démarche de recherche : et dans ce cadre là nous avons sûrement nous les professeurs-documentalistes notre place plus que jamais.

Et oui, Sur le fond de l'analyse de M. Serre je ne peux qu'être d'accord. De toujours, coexistent bonnes et mauvaises littératures. Ou en tout cas la littérature est diverse. Mais de toujours il existe une culture officielle, reconnue dont nous nous sommes approchés grâce à nos enseignants. Déjà je me souviens, il y a presque trente ans de bruit dans les amphis (et internet n'en était pas la cause), je me souviens en licence d'histoire d'un professeur qui nous faisait étudier le chapitre chez nous, et en cours nous étudions ensemble les textes. Même souvenirs en licence de philosophie où nous présentions tour à tour un texte de Hegel et débattions ensuite...

Pour qui voulait le savoir était là. Aussi. Et la vraie question reste pour moi la capacité à créer du lien culturel, social, de décloisonner les matières pour mieux penser ...

  • Or qui peut mieux qu'un enseignant en « chair et en os » jouer ce rôle ?
  • Qui peut mieux qu'un enseignant proposer les clefs de l '« accès au savoir » ?

Et en fait nous pouvons tous être potentiellement détenteur du savoir. Mais saurons-nous le mettre en lien ? Pour prendre un exemple dans un autre domaine, la santé : je suis malade, je trouve des informations sur internet. Saurais-je les interpréter ? Les mettre en lien ? Devrais-je m'y risquer ? Huit ans d'étude de médecine n'auraient-elles aucun sens ? Une fois encore disposer ne suppose pas savoir utiliser.

Les temps changent, c'est certain. L'homme change. Son cerveau se modifie- les lectures étant différentes (livre/numérique). Son rapport au savoir aussi. Mais faut-il postuler une capacité au profit d'une autre ? Ne peut-on penser un monde de complémentarité ? 

Février 2013: les propos de Michel Serres dans l'émission Répliques  -http://www.franceculture.fr/emission-repliques-l-ecole-dans-le-monde-qui-vient-2012-12-08  développe le discours du livre. Le questionnement de Finkelkraut axé sur l'école, avec un positionnement tranché, permet à Michel Serres de réagir de façon concrète et ouverte sur le monde contemporain. Et évidemment l'opposition manichéennes entre les deux hommes penche en faveur de celui qui tient compte du monde d'aujourd'hui!  D'autant que l'épistémologue le fait avec malice.

J'ai donc préféré l"émission sur le fond et la forme! :)

Une nouvelle fois merci à la collègue de Docabord qui me l'a faite découvrir et que l'on peut lire ici  http://docabord.wordpress.com/2012/12/10/lecole-dans-le-monde-qui-vient-michel-serres-vs-alain-finkielkraut/!  

Etre professeur ou savoir créer du lien, aider à créer du lien ...

Didacdoc

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